En hommage au professeur Samuel Paty

L’impensable est arrivé !

Effroi et sidération.

Il s’appelait Samuel Paty, il s’appelait Abdoullakh Anzorov.
L’un était professeur, l’autre jeune tchetchène réfugié en France.
L’un avait 47 ans, l’autre 18 ans.
L’un pouvait être le père, l’autre le fils.
Ils ne se connaissaient vraisemblablement pas.

Par quelle folie, l’autre a pu commettre l’abominable crime qui a emporté la vie de Samuel Paty ? Abominable crime qui nous a sidéré, tétanisé, frigorifié d’effroi.

Nous faut-il désespérer de croire en l’Humain, en son humanité supposée, en son intelligence et sa sagesse (Homo sapiens) à la vue de cet acte odieux qui nous a bouleversé, qui a bouleversé nos consciences et nos coeurs ?

Pourquoi ?

Par-delà les faits, par-delà cet assassinat d’un professeur, par-delà cette attaque à portée symbolique de l’école de la République et donc du savoir et du respect qu’engendre cette institution, oui par-delà l’émotion et les nombreux discours nous ne pouvons évacuer la question qui nous taraude l’esprit : pourquoi ?

Oui pourquoi ce jeune homme de 18 ans a-t-il pu commettre un tel acte de violence et de haine ?

Par quelle démarche intellectuelle a-t-il pu en arriver à une telle extrémité ?

Les mêmes questions qui ont émergé après les attaques terroristes de mars 2012 à Toulouse et Montauban, de janvier et de novembre 2015 à Paris.

Et au-delà de notre espace et de notre temps, de notre territoire et de notre époque, comment des hommes ont-ils pu massacrer, gazer, assassiner d’autres hommes parce qu’ils étaient juifs, tziganes, homosexuels en Europe, cambodgiens en Asie, Tutsi en Afrique ?

Le mal est en l’homme, il n’a pas de territoire privilégié, il est partout sur cette Terre !

Ce mal il nous faut le nommer et le combattre par la raison, par la loi, par l’intelligence collective.

Par la raison, le savoir, la science, l’Ecole, l’Education.

Par la loi, l’ordre et la justice.

Par l’intelligence collective, par la promotion et la défense des valeurs universelles liées aux droits humains intangibles et non négociables.

On ne nait pas terroriste islamiste, on le devient.

Le XXIème siècle a vu émerger une nouvelle idéologie de haine à partir d’une déviance religieuse pour qui la fin justifie tous les moyens, dont des assassinats ciblés.

Car au-delà de l’acte individuel de celui qui commet le crime, il faut remonter le cours de la construction intellectuelle de cet acte. Qui a mis le couteau, le hachoir, la kalachnikov entre les mains des assassins ? On ne nait pas terroriste islamiste, on le devient.

Les gouvernants des pays qui subissent ces attaques terroristes ont le devoir de protéger leurs citoyens, tous leurs citoyens.

Il n’est plus possible d’être faible ou de nous montrer conciliant face à des adversaires qui nous méprisent et nous haïssent, ici en France, en Europe mais aussi ailleurs dans le Monde.

A nous de savoir affirmer nos valeurs universalistes, à nous de savoir dire que le savoir s’impose à la croyance et que la loi républicaine s’impose au dogme religieux.

A nous de promouvoir et de défendre la Laïcité à la française, notre bien commun qui complète le triptyque républicain et qui est la condition même pour qu’en nous respectant les uns les autres nous puissions « Faire Société ».

Enfin, assez des paroles et des discours de haine sur les réseaux dits sociaux ! C’est intolérable, inacceptable, révoltant, profondément asocial !

Puissions-nous faire bloc, par-delà nos engagements individuels, pour non seulement dire, mais nous donner les moyens de combattre celles et ceux qui veulent affaiblir la République en s’attaquant à l’Ecole, à ses enseignants, à la Laïcité et à la liberté d’expression.

Le 18 octobre 2020,
Michel Rose, Président de la Ligue de l’enseignement – FAL 53.